« Ne nous oubliez pas ! » – Des survivantes en Côte d’Ivoire collaborent avec le projet Murad Code pour diffuser une vidéo de sensibilisation novatrice qu’elles ont réalisée elles-mêmes à l’approche des élections
À l'approche d'élections cruciales en Côte d'Ivoire, un groupe de survivants de violences sexuelles liées aux conflits passés dans ce pays prend la parole dans une vidéo de sensibilisation novatrice qu'ils ont eux-mêmes réalisée. Leur message est clair : alors que le pays se tourne vers l'avenir, il ne doit pas tourner le dos à ceux dont la vie a été brisée au cours des différentes crises. La justice, la réparation et le soutien ne peuvent plus attendre.
« Nous aussi, nous voulons aller de l’avant, renforcer la cohésion sociale, reconstruire et vivre de manière autonome. Mais nos vies se sont arrêtées ce jour-là », peut-on les entendre dire dans la vidéo.
Diffusée sur les chaînes de télévision le 19 mai 2025, cette vidéo se distingue par le fait qu’elle a été imaginée, écrite et produite par les survivantes elles-mêmes, à la suite de discussions sur leurs droits tels qu’ils sont énoncés dans le Code Murad. Elle donne la parole à des témoignages trop souvent passés sous silence, qui évoquent les conséquences dévastatrices et non réparées des violences sexuelles généralisées qui ont marqué chacune des crises traversées par la Côte d’Ivoire. En seulement trois minutes, les survivantes captent notre attention, nous rappelant qu’elles ont besoin et ont droit au soutien des citoyens ivoiriens – et de l’État – pour accéder à l’aide dont elles ont besoin afin de reconstruire leur vie, de se réinsérer dans leurs communautés et de subvenir aux besoins de leurs familles. Elles lancent un appel aux autorités et à leurs concitoyens : « Ne nous oubliez pas ! Tenez vos promesses de justice et de réparation. »
Le projet « Murad Code » a collaboré avec ces survivantes afin de faire entendre, via les réseaux sociaux, leur appel en faveur d'un traitement digne, de réparations et d'une aide.
Contexte
En 2014, la Commission pour le dialogue, la vérité et la réconciliation (CDVR) a recensé 1 359 cas de violences sexuelles, tandis que la Commission nationale pour la réconciliation et l'indemnisation des victimes (CONARIV) a vérifié 2 969 cas de violences sexistes. La CONARIV a également formulé une série de recommandations au gouvernement en matière de réparations, accompagnées d’une liste initiale de victimes enregistrées (316 954). Cependant, seule une fraction de ces personnes a effectivement reçu des réparations, et les mesures accordées étaient bien en deçà des recommandations de la Commission, ne répondant souvent même pas aux besoins les plus urgents des survivantes.
C'est précisément ce manquement de l'État ivoirien à ses obligations qui a conduit la Cour de justice de la CEDEAO à se prononcer en faveur de quatre survivantes en avril dernier. Dans sa décision, la Cour a estimé que la Côte d’Ivoire avait violé les droits fondamentaux de ces victimes de violences sexuelles, notamment leur droit à un recours effectif et à l’accès à la justice, leur intégrité physique et morale, leur dignité, leur sécurité personnelle, leur santé, ainsi que leur droit à être entendues.